CHAMONIX
Raquette, marche et ski de fond pour Ségolène Royal

CHAMONIX
Raquette, marche et ski de fond pour Ségolène Royal
Son séjour au pied du mont Blanc était d'ordre strictement privé. Incognito, comme ils disent dans les magazines. Jeudi, elle est arrivée à Chamonix où elle a séjourné dans un hôtel de catégorie deux étoiles, son week-end prolongé n'ayant rien de showbiz, de mondain et de futile. Ségolène Royal était venue pour entretenir sa forme et soigner son physique, sans doute en vue de nouvelles batailles électorales et d'autres sommets, dont la conquête, elle aussi, requiert du souffle. À coup sûr, la dame en a.
Trois jours intenses physiquement

Samedi après-midi, on l'a aperçue sur les pistes de fond des Bois, à Chamonix. Une première pour l'ex-candidate à la présidentielle, resplendissante dans le cadre nordique du Désert blanc, au pied des Drus. Très courtoise, elle nous a fait savoir qu'elle ne pouvait se livrer à aucun commentaire. On a respecté ces instants sacrés, n'osant point briser cette belle allégresse, nous gardant bien d'évoquer une rumeur tenace qui, un temps, a filé dans la vallée de Chamonix et selon laquelle Martine Aubry, sa rivale, aurait fait construire sur la commune.
Sur la piste bleue, Ségolène Royal a fait ses premiers pas en style alternatif. Excepté une chute que l'on a fait semblant de ne pas voir, la dame, plutôt sportive, a paru à l'aise. Rien à voir avec Dominique Lavanant dans le film les Bronzés. « Elle a rapidement trouvé le sens de l'équilibre », nous confiait son préparateur.

C'est qu'en trois jours, elle a suivi un programme intense, préférant l'effort au ski de piste. Dès le jeudi soir, la présidente de Poitou-Charentes partait pour une marche nocturne. Depuis le village des Bois, à la frontale, elle a rejoint la Crémerie du glacier d'Argentière via le petit balcon nord. Le lendemain, depuis le village de Vallorcine, Ségolène Royal, toujours accompagnée de son préparateur, est montée, raquettes aux pieds, jusqu'au refuge de la Loriaz, soit 800 m de dénivelé. Et samedi donc, avant sa boucle de ski de fond, une grande marche matinale via le hameau du Lavancher était à son programme d'oxygénation qui s'est achevé hier.
« Elle connaissait l'élément. Très ouverte à tout et réceptive, elle a enchaîné trois jours soutenus au niveau physique », commente son préparateur. Durant toute l'année, l'élue socialiste pratique le sport : gym et course à pied principalement. C'est peut-être là un des secrets de sa résistance aux rudesses du monde politique et au poids de ces années qui ne semblent guère avoir de prise sur elle.

# Posté le lundi 05 janvier 2009 05:05

Ségo

Ségo
Ce n'est pas une anecdote mais une manière de vivre: en 1988, Ségolène Royal, conseillère à l'Elysée, se décide tard à demander une circonscription au Président qui lui rétorque: "Si vous voulez y arriver, il faut foncer. Il est peut-être trop tard." Ségolène foncera et arrivera à conquérir les Deux-Sèvres et à s'y maintenir pendant vingt ans.

Ségolène Royal, une femme de conviction dopée à la révolte pour Laure Adler. (Reuters)

Ségolène qui va vite, Ségolène l'impulsive, Ségolène qui se fixe ses objectifs: j'y suis, j'y reste, j'écoute, je vais voir les paysans, je vais dans les écoles, je pose des questions, j'écoute tout le monde, je n'aime pas les puissants, j'ai plus à apprendre de la base. Elle se transforme alors en madone du chabichou. Pathétique, disent les uns, ringarde, disent les autres.

Mais avez-vous vu La Vie moderne, ce film formidable de Raymond Depardon et Claudine Nougaret sur la vie des paysans? On y voit des êtres qui vivent en harmonie avec la nature et avec eux-mêmes. Alors, Ségolène la moderne? Vilipendée, elle reste fidèle à sa méthode inventée il y a vingt ans sur le terrain: croire en l'intelligence de chacun, ne pas s'enfermer dans l'appareil. On la dit narcissique, hystérique, capricieuse. Oui, Ségolène s'aime. Et alors? D'ailleurs, elle est de plus en plus belle.

On la juge sans colonne vertébrale idéologique et on répète qu'elle change d'idée comme de chemise. Qui d'autre, dans son parti, a sillonné la France, fait appel aux jeunes, créé des chantiers intellectuels et politiques, des forums sur Internet? On se moque de son "ordre juste", oubliant que l'expression est de Jaurès, et de son "aimez-vous les uns les autres ou bien disparaissez", hommage à la femme debout qu'est Juliette Gréco.

Ségolène dit qu'elle a envie. L'appétit de jouissance a toujours été, en politique, un facteur important. Ségolène a du désir et inspire du désir. En tout cas chez les militants. Ségolène surfe sur l'événement. Ségolène scénarise. Mais comment le lui reprocher au moment où la politique devient la construction d'un récit, la fabrication d'icônes médiatiques.

Ségolène s'accroche. Elle a ses convictions. On sous-estime son instinct de révolte et la passion qu'elle prend à faire de la politique. Après sa défaite - qu'elle a eu du mal à réaliser -, elle a fait son autocritique et compris qu'elle ne pouvait jouer solo. En bonne mitterrandienne, elle sait qu'il y a des moments dans la vie où le pouvoir se conquiert à l'arraché à condition de savoir fendre l'armure.

# Posté le lundi 17 novembre 2008 05:52

Modifié le lundi 17 novembre 2008 06:07

Congrès de reims

Congrès de reims
Congrès de Reims: Ségolène Royal défie ses adversaires

Il y a 2 heures

REIMS (AFP) — L'ancienne candidate à la présidentielle française, Ségolène Royal, tentait samedi au deuxième jour d'un congrès à haute intensité de rallier des soutiens à son offre de diriger le Parti socialiste, s'en remettant aux militants pour trancher la cruciale question des alliances.

Forte de sa popularité auprès de la base mais à distance de l'appareil, Mme Royal a mis au pied du mur ses adversaires en proposant de soumettre au choix des militants la décision d'une éventuelle alliance avec le centre afin de battre la droite à l'élection présidentielle de 2012, après trois défaites consécutives.

"Le jour venu, aurons-nous le courage de conduire la plus grande alliance nécessaire pour battre cette droite?", a-t-elle demandé à la tribune du congrès après avoir affirmé qu'"il y aura une consultation directe de militants sur la question des alliances".

La candidature de Mme Royal au poste de Premier secrétaire laissé vacant après onze ans par son ex-compagnon François Hollande a été officialisée vendredi soir alors qu'elle était redoutée par des barons du PS qui lui vouent une haine tenace.

Le futur premier secrétaire sera élu directement par les militants le 20 novembre, quatre jours après le congrès qui se termine dimanche et qui doit définir le programme du PS pour les trois prochaines années.

Jusqu'au bout, certains dirigeants ont espéré une solution de compromis: que l'ex-adversaire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007 renonce à son "envie" de s'emparer de la direction du PS en contrepartie d'un élargissement de sa majorité relative obtenue le 6 novembre lors d'un vote des militants sur les projets.

Le projet de Mme Royal, caractérisé par une ouverture au centre tout en reprenant des thématiques de gauche, est arrivé à la surprise générale en tête avec 29%, devant le maire de Paris Bertrand Delanoë (25%) Martine Aubry (24%), et Benoît Hamon, qui représente l'aile gauche du parti, (18%.).

En rejetant le compromis, Mme Royal a renforcé les manoeuvres même si ses proches ont assuré qu'elle n'entendait pas "accaparer le parti".

La place numéro 3 a même été offerte, en cas de victoire, à un proche de M. Delanoë qui l'a immédiatement déclinée.

Objet de sollicitations contradictoires et grand perdant de la première manche, le maire de Paris a fini par lancer un appel à la constitution d'un "rassemblement majoritaire" contre Ségolène Royal en appelant Martine Aubry et Benoît Hamon à des "compromis".

Parmi ses soutiens, certains sont favorables à un "front anti-Ségolène" alors que d'autres y sont farouchement opposés. Une situation favorable à Mme Aubry, qui instaura les 35 heures de travail hebdomadaire en France pendant les années 90.

Sa candidature au poste de Premier secrétaire est "fortement probable", a affirmé le député du Nord Yves Durand, proche de la maire de Lille qui ne l'a pas confirmée. Elle "est la seule qui est au point d'équilibre et peut rassembler une nouvelle majorité" face à Ségolène Royal. "Martine Aubry aura du mal à échapper à son destin", a dit M. Emmanuelli.

Lui aussi candidat déclaré au poste de Premier secrétaire, Benoit Hamon qui incarne la gauche du parti, n'entendait pas y renoncer.

"Ce n'est pas un combat de personne, je ne suis pas candidat contre Ségolène. Je suis candidat au nom d'une vision politique, d'une stratégie et d'un projet", a-t-il affirmé.

Les socialistes devaient tenter de dégager une alliance majoritaire avant dimanche matin. Leurs divisions pourraient encore détériorer l'image d'un parti qui apparaît dépourvu de projet alternatif crédible à la politique du président Sarkozy. D'autant que ce dernier jouit récemment d'un regain de popularité en raison de sa gestion de la crise financière.

# Posté le samedi 15 novembre 2008 16:09

Retour au Zénith!!!

Retour au Zénith!!!
Tout d'abord je voudrais m'excuser pour mon absence, et oui reprise des cours à la fac, dur dur de faire des mises à jour, mais là c'était inévitable!
Quel beau changement, je n'ai qu'une chose à dire c'est j'adhère, j'adore!!!
Quelle aisance sur cette scène devant les 4 ou 5000 personnes présentes, quel discours, oui quel discours! Certains diront qu'elle s'est victimisée moi je dirais plutôt qu'elle n'a fait qu'affirmer LA vérité!
Non il est vrai nous n'avons pas vu les Fabius, les Aubry, les Delanoe... Mais les militants étaient présents et ce qui aggravent leurs cas "heureux d'être là"!!!! lol!


Retour sur le dicours de Ségolène Royal
Et ce soir j'ai envie de vous confier trois certitudes. Pourquoi je suis là et pourquoi vous êtes là. Ensuite, la France que nous voulons et ce que nous refusons. Et enfin, pourquoi nous faisons une fête de la fraternité en ces temps difficiles.

D'abord, ce soir, la fraternité, elle est réussie, parce qu'être fraternel c'est d'abord être ensemble, et être ensemble très nombreux.

Alors, je sais. La crise est là. On nous a même intimé l'ordre de ne pas nous réunir. Avec des airs d'inquisiteurs un peu aigris, on m'a dit : « Mais toi, tu fais la fête alors que la crise financière est là ? »
Comme si certains puissants et ceux qui les soutiennent, et qui ont plongé, par leur cupidité, le monde dans cette crise pouvaient interdire au peuple de se rassembler et de partager des élans d'espérance. Et de chanter. Eh bien non, nous sommes là !

Nous sommes là, et d'abord, dans toutes les histoires, le chant a porté les révoltes : la Marseillaise, l'Internationale, les Soldats de l'an II, le Chant des partisans des résistants martyrisés, le Temps des cerises de la Commune, le Chiffon rouge des luttes ouvrières...

Et bien, ce soir aussi, la musique porte notre exigence commune d'un monde plus juste et d'un monde plus libre.

Salut à vous, ces milliers de visages de la France qui sait que les temps sont durs, mais que nous restons debout car nous avons soif d'humanité. Se rassembler pour être heureux ensemble, vibrer aux mêmes émotions, s'engager dans les mêmes combats c'est tout simplement ce dont le monde a besoin. Non au cynisme non à la résignation. Oui à la confiance, oui à la volonté de nous élever tous ensemble.

Et puis, ne l'oublions pas, les forces conservatrices ont toujours utilisé la peur pour que les gens se replient, pour qu'ils se recroquevillent, pour qu'ils désespèrent... et pour qu'au final l'aigreur, la jalousie l'emportent et que le voisin ou le différent soient vus comme l'ennemi.

Alors, pourquoi suis-je là ?

Je suis là, parce que vous êtes là ! Hommes et femmes de tous âges et de toutes conditions. Je suis là parce que nous avons en commun de vouloir un autre monde.

Pourquoi j'avance encore ? Pourquoi je ne veux pas laisser ceux qui hier étaient là, qui sont là aujourd'hui, ceux qui seront là, demain et qui espèrent encore ?

Pourquoi après trois ans de combats et d'épreuves je suis encore debout devant vous ? Et en plus (ce qui aggrave mon cas) heureuse d'être avec vous ?

On me dit « il faut relativiser les épreuves Ségolène, c'est de la politique ! C'est normal, tous ces coups qui pleuvent» !

Relativisons donc, puisqu'on nous le demande. Depuis trois ans, il y a eu la « riante » primaire, la « courtoise » présidentielle, les « gentils » coups bas, les « tendres » attaques, les «doux » cambriolages, les « amicales » pressions et les charmantes épreuves personnelles... Et depuis un an et demi, je relativise encore plus. Certains qui s'éloignent, d'autres qui trahissent avec grâce, d'autres qui méprisent coquettement ! Et les porte-flingues de l'Elysée qui m'ont conseillé publiquement de consulter médicalement pensant que je perdais la tête. Et de s'étonner : mais elle est encore debout ! Et en plus elle continue !

C'est parce que malgré tout cela, partout où je vais, je sens viscéralement - et cela dépasse de loin ma personne, nos personnes -, je sens viscéralement que des millions d'hommes et de femmes soutiennent, encouragent et se demandent désespérément si la politique sert à quelque chose pour améliorer leur sort et celui de chacun. Et même ici, dans ce Zénith, je sais que certains se le demandent. Et c'est pour cela que je suis là.

Je suis là, aussi, parce que le combat social est là. Et je salue à nouveau les salariés de Renault qui sont victimes de 6 000 suppressions d'emplois alors que le patron et les actionnaires se sont augmentés, les postiers qui sont dans la salle et qui luttent contre la privatisation du service public et tous ceux qui subissent la loi d'un monde sans règles.

Alors, ces règles, je vous propose que nous les inventions ensemble et que nous les imposions ensemble.
Car enfin, nous sommes la cinquième puissance du monde et nous comptons des millions de travailleurs pauvres. Mais ce n'est pas juste ! On nous dit que c'est au nom de la compétition mondiale, mais ce n'est pas juste. J'ai dit que les artistes pouvaient, en une chanson, en une phrase - et vous en avez eu la preuve et, tout au long de cette soirée, vous le découvrirez à nouveau – en une chanson et en une phrase, on peut parfois dire plus beaucoup plus qu'un discours.

Et puisque je parle de travailleurs pauvres, j'ai envie que Coluche soit parmi nous. Parce que, nous le savons, 40 % de ceux qui vont chercher leur repas dans les Restaurants du c½ur sont des salariés. Oui vous l'avez entendu, ce sont des salariés précaires, dans la cinquième puissance du monde ! Et Coluche disait ceci : « Ils vont être content les pauvres d'apprendre qu'ils vivent dans un pays riche »...

Alors, est-ce qu'il est possible de répartir autrement les richesses ? Nous en avons la certitude, bien sûr !

Et moi, je veux une France où les petits retraités se demanderont plus s'il faut faire un repas à midi ou le soir, s'il faut économiser sur l'électricité ou sur le gaz pour pouvoir passer l'hiver.

Je veux une France où je n'entendrai plus les enfants des cités me demander, « Mais, M'dame, pourquoi ils ne nous aiment pas ? »

Je veux une France où l'on n'entendra plus les anciens dans les villages me demander pourquoi il n'y a plus de docteur.

Sommes-nous condamnés à entendre des professeurs dire : « On n'y arrive plus » ?

Sommes-nous condamnés à entendre des jeunes dire : « Je n'ai pas peur de l'avenir. J'ai peur de ne plus en avoir » ?

Moi je veux, pour la France, une école qui donne à tous les enfants la chance de réussir et donc la liberté de choisir sa vie.

Je veux que la France soit capable d'accueillir tous ses jeunes. Qu'elle leur transmette les ½uvres et les savoirs d'hier et d'aujourd'hui, et ceux de demain. Qu'elle aide chacun à réussir sa vie et à choisir sa voie et que ce privilège ne soit pas réservé à quelques-uns. Parce que la politique c'est d'abord le devoir de transmission.

Je veux que en France le travail soit respecté dans des entreprises qui auront les moyens d'innover et de bien payer leurs salariés.

Et enfin – on pourrait penser que c'est le bon sens-même, mais non, puisque le monde marche sur la tête – moi, je veux un monde, nous voulons un monde où le système financier n'est pas au service de lui-même, il est au service de l'économie. Et l'économie, elle n'est pas au service du profit pour quelques-uns, mais elle est pour le bien être des hommes et des femmes qui la font tourner.

Voilà, le bon ordre des choses. Tout le reste, c'est le désordre organisé par quelques uns pour leur seul intérêt. Et d'ailleurs, dites-moi donc, le mot actionnaire n'apparait pas, il me semble, dans la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen ?

Permettez-moi de saluer ce soir la victoire des ouvrières d'Arena. Vous avez entendu, Arena ? Ce sont les ouvrières qui fabriquaient les maillots de bains de compétition. Certains d'ailleurs les trouvent mignons, ces maillots de bain... Ce que je trouve moins mignon, et même carrément abject, c'est que leur employeur, qui faisait des bénéfices conséquents, avait délocalisé en Chine, laissant sur le carreau des femmes qui travaillaient dans l'entreprise depuis 20 ou 30 ans. Jetées comme un vieux maillot de bain en quelque sorte.

L'entreprise a été condamnée, parce que ces femmes n'ont pas baissé les bras. L'entreprise a été condamnée à leur verser 50 000 euros chacune.

L'une de ces ouvrières a dit : « Le tribunal a choisi la vie des gens face aux intérêts des actionnaires ». Et sa copine a ajouté : « Cela a été une joie, pas seulement pour l'argent, je ne vais pas cracher là-dessus, mais parce que les patrons vont y réfléchir à deux fois avant de larguer une usine qui gagne. »

Non ! Non, Tous les coups ne sont pas permis.

Que les entreprises soient attentives à leur marge, quoi de plus normal ?
Qu'il faille, dans certains secteurs, produire aussi au plus près des nouveaux marchés qui s'ouvrent, pourquoi pas ?
Mais qu'on ne nous raconte pas, comme le patron d'Arena, comme celui de Gandrange et comme tant d'autres, que c'est la seule solution.

A quand l'interdiction de délocaliser et de licencier avec obligation de rembourser les aides publiques si l'entreprise fait des bénéfices ?

Vous voyez ? C'est avec une capacité de révolte intacte que l'on refusera de se courber, de réduire la politique à la gestion, de s'abandonner à tous les accommodements : « C'est comme ça, on y peut rien ». Et bien non, ça n'est pas « comme ça » on peut changer les choses !

Et nous changerons, parce que nous sommes le changement ! Nous, la gauche ! Parce que ça a encore du sens de dire « la gauche ». Beaucoup voudraient que la frontière n'existe plus, qu'elle soit floue. Oui la gauche doit se ressaisir, car être à gauche c'est avoir une lucidité radicale sur nos atouts, sur l'énergie et la force des hommes et des femmes, ici en France et dans le monde, qui ne demandent qu'à faire avancer notre pays pour peu qu'on nous entraîne. Et que personne ne soit laissé sur le bord du chemin !

Porter encore et toujours les valeurs humaines, les valeurs sociales, la gauche qui ouvre, la gauche qui rassemble, la gauche qui construit, quand pendant ce temps nos adversaires verrouillent, divisent et détruisent avec l'arrogance de ceux qui pensent qu'on ne peut plus les atteindre !!! Cela, je ne le veux pas ! Il faut choisir : Courber l'échine ou relever la tête ? Qu'avez-vous choisi ? Relever la tête.

La gauche doit être là malgré ses imperfections, ses atermoiements, ses frictions. La gauche doit être là pour faire émerger cette nouvelle France qui attend qu'on la réveille.

Nelson Mandela a dit une chose très belle à laquelle je pense souvent. « Au fur et à mesure que nous laissons briller notre lumière, nous donnons aux autres la permission d'en faire autant. » Cela veut dire que nous devons essayer d'être meilleurs, plus généreux, plus joyeux que la société que nous voulons transformer. Voilà ce que nous devons faire, vous, moi, chacun de nous, là où nous sommes, tels que nous sommes, socialistes, citoyens, à gauche, au-delà...

Qu'est ce que le rôle d'un homme ou d'une femme engagée si ce n'est de changer le cours des choses ? Je voudrais prendre deux exemples. L'avenir de la planète et la crise financière. Changer le cours des choses c'est tellement indispensable pour l'avenir de la planète.

Quoi de plus insupportable que ces discours sans lendemain, ces tigres de papier qui s'écroulent devant le premier lobby venu, pour remettre en cause le principe élémentaire du « pollueur, payeur ».

Cette indifférence – coupable - me fait penser a une phrase de Woody Allen, lorsqu'on lui demandait s'il avait peur de mourir, il répondait : « Ce n'est pas que j'ai peur de mourir. Mais je ne voudrais pas être là quand ca arrivera. ». C'est ce qui se passe et je pourrais vous en dire beaucoup plus, sur la planète et sur les chances et les trésors que recèle le développement durable. Et j'aurai l'occasion de le faire.

Un mot sur ce système financier en folie qui s'autodétruit sous nos yeux. Il entraine dans sa chute des millions de petits épargnants. Il jette à la rue non seulement des millions de petits propriétaires les plus grands établissements bancaires. Il entraîne aussi des grands établissements bancaires. Il propage sa crise à la planète entière.

Alors, paniqués, les ennemis de l'Etat l'appellent à leur secours. Les ultra-libéraux retournent leur veste.
Et le gouvernement Bush a injecté en quelques heures 700 milliards de dollars - soit trente fois l'aide publique au développement - qui étaient introuvables, il y a quelques semaines, pour mettre fin aux émeutes de la faim.
Soulagement de ceux qui ont entraîné le système dans le mur : leur fortune est faite et ils ne paieront pas les pots cassés.

Et dans ce champ de ruines émerge cependant une bonne nouvelle. On commence à comprendre qu'il faut radicalement changer de système.

Mais alors, pourquoi alors que les temps sont durs, pourquoi une fête de la fraternité ? « Le grand rayon de l'art, c'est la fraternité », disait Victor Hugo. Et ce soir, je vous invite à un voyage, un voyage artistique venu de tous les coins du monde et de toutes les générations et de tous les genres de musique, et du cinéma et du théâtre. Un voyage autour de la fraternité.

La fraternité, pour moi, c'est encore mieux que la solidarité. Parce que c'est la fraternité qui la fonde et lui donne ce « sentiment d'humanité » sans lequel la politique serait un simple métier sans âme, une simple transaction entre intérêts bien compris.

La fraternité, ce n'est pas de la compassion ou de la pitié. La fraternité, ce n'est pas la politique des bons sentiments. La fraternité, ce n'est pas s'embrasser les uns les autres avec un sourire hébété bien sûr, même si ça n'est déjà pas si mal. La fraternité c'est d'abord penser à l'autre toujours. Parce que ce qui arrive de mauvais à l'autre ou qu'il soit, fini par générer quelque chose de mauvais pour soi même. Et aussi parce que ce qui arrive de bon à l'autre fini par créer du bonheur chez soi.

La fraternité on n'en a jamais eu autant besoin qu'aujourd'hui car ce qui vacille sous nos yeux, c'est tout un système inégalitaire et qu'un autre doit se préparer. La fraternité c'est la volonté d'humanité. N'en doutons pas, n'hésitons pas : l'avenir, le désir d'avenir, il est avec nous.

Mes amis, il est temps de partager la suite de notre concert mais je voudrais vous dire, avant de conclure, quelques mots plus personnels.

J'ai appris qu'il faut savoir perdre sans amertume pour pouvoir un jour gagner sans triomphalisme. Sans ce chemin étroit, chaotique d'après la défaite, sans ces regrets qui vous submergent parfois, sans ce retour lucide sur soi même, ceux qui s'en vont, ceux qui s'éloignent, ces questions incessantes que l'on se pose, « qu'est ce que j'aurais du faire ?

Qu'est ce que j'ai raté ?

J'ai appris la dure loi de la politique, mais aussi la joie immense des rassemblements populaires comme ce soir.

J'ai découvert grâce à vous que j'avais de l'endurance. C'est un jeu souvent cruel et même si j'ai toujours du mal à comprendre la férocité de certains coups, si je les ai encaissés, c'est parce que j'ai souvent pensé à Cyrano de Bergerac qui disait avec panache : « On n'abdique pas l'honneur d'être une cible. »

Car lutter au nom des autres, c'est aussi une formidable chance, des vibrations extraordinaires, et voyez comment les luttes sociales donnent un courant intense, voyez la dignité, la colère qui gronde, mais aussi la joie qui enfle, l'espérance qui entraîne et la certitude de participer à l'histoire et oserais-je le dire à quelque chose qui se lève et... (la salle : ne s'arrêtera pas).

Et connaissez-vous ce joli mot d'Aimé Césaire : « L'heure de nous même a sonné ».
Oui, l'heure d'un nouvel élan a sonné, je vous le dis, sans regret du passé et sans peur de l'avenir.
Jamais je n'ai mis un genou à terre. Jamais je n'ai songé à abandonner. Jamais je n'ai renié une seule de mes valeurs. Jamais, je n'ai lâché prise sur ce que je crois juste, avec vous et pour nous tous.

Je suis là aujourd'hui, je serai là demain. Rien ne me fera reculer sur ce chemin que j'ai choisi et sur lequel nous marchons ensemble : donner à chaque citoyen, chaque jeune, chaque ancien, oui chaque ancien aussi, le droit de bâtir son désir d'avenir. Alors laissons la la fatigue, laissons le découragement, laissons le renoncement. Restons ensemble, lucides et déterminés.

Oui, tous ensemble. Fraternité."

# Posté le jeudi 02 octobre 2008 04:27